Défendre la poste en Chablais
Par MJC le mardi 25 novembre 2008, 12:29 - Politique - Lien permanent

J'ai été le premier ces derniers temps à râler contre le service pitoyable
offert par de La Poste.
Nos envois de colis vers la région parisienne sont chaque fois vandalisés, ou perdus. Les excuses que donne La Poste sont pathétiques : "C'est pas de notre faute, la livraison est sous-traitée, il y a des intermédiaires, on a plus le contrôle... ". Ah bon ? Pourtant nous payons -et pas qu'un peu, ces prestations.
D'autre part, l'accueil n'est pas toujours le meilleur, la file d'attente, même à Cranves-Sales, est généralement assez longue aux heures de pointe (désolé le reste du temps je travaille...), et les horaires, justement, pas vraiment pratiques.
Lorsqu'on discute ici où là, on entend souvent les gens se plaindre du service et souhaiter que La Poste soit privatisée. Et que de fait on apprenne enfin à tous ces fonctionnaires à travailler...
Bon, maintenant que j'ai bien cassé ce service public, fait du populisme à deux franc six sous, on peut peut-être réfléchir un peu plus loin.
Bien que je fasse le même constat, je suis farouchement contre la privatisation de La Poste. Comme je suis contre celle d'EDF ou de GDF (mince c'est déjà fait).
La privatisation de ce service public entraînera l'abandon des zones rurales "non rentables", l'augmentation générale des prix, des licenciements, une précarisation des personnels restant, et une baisse générale du niveau de service. C'est ce qui c'est passé un peu partout (sauf en Allemagne, mais le cas est très particulier).
Mais dis-donc, comme par hasard, ça serait pas paradoxalement déjà le cas ? Je pense que oui, ça l'est : la lente dégradation de La Poste n'est que le résultat de politiques de pré-privatisation que les gouvernements successifs ont entrepris depuis de nombreuses années. Il me semble que tout ceci n'a été qu'une vaste entreprise pour préparer l'opinion à la privatisation.
Au lieu de continuer les investissements, de soutenir les petits bureaux, de
maintenir du lien social, d'améliorer les services, de soigner le personnel,
etc, on a délibérément cassé l'outil. Les usagers clients se
plaignent ? Eh bien apportons leur ce qu'il souhaitent : privatisons ! Rusé non
?
Il est manifeste que la sous-traitance a engendré des profits mais a précarisé tous les acteurs de la chaîne de distribution des courriers et des colis, et a ruiné le service postal. Le fruit est mur maintenant, prêt pour que les privés, avec l'aide de la magnifique directive européenne, s'en mettent plein les fouilles !
Je dois dire que le discours que tiennent les politiques de tout bord depuis le début de la crise financière, avec ce retour en force de l'état, est quand même assez réjouissant à ce sujet. Il semble que les idées néo-libérales ont un peu de plomb dans l'aile. C'est donc le moment de stopper ces privatisations.
J'avais ce billet en attente depuis pas mal de temps, c'est cette note sur le site du FSD74 : Publier : défendre la poste en Chablais qui en a accéléré la publication.
Autres références :- France : Des milliers manifestent contre la privatisation de la Poste
- La Poste : de la libéralisation à la privatisation
Qu'en pensez-vous ?
Commentaires
J'abonde dans ton sens, pardon:je plussois, évidemment.
L'exemple de la poste, et de ses insuffisances actuelles est caractéristique des dangers qu'encourent tous les services publics, malgré l'attachement des Français à leur égard.
Et pourquoi donc une telle régression ?
Il faudrait revenir sur les circonstances dans lesquelles nos services publics ont été créés. Nous constaterions qu'elles correspondent à un moment où le rapport de force était favorable aux « progressistes » qui ont pu mettre en place l’organisation d’une certaine solidarité nationale.
En effet, qu’est-ce qu’un service public ? Simplement l’organisation d’une structure mise à la disposition de tous, parfois gratuitement, pour répondre à un besoin bien déterminé, et placée sous la responsabilité de l’État ou d’une collectivité territoriale qui en assume la charge financière, par le biais de l’impôt (République, Région, Département, Commune)
Exemples: l’état civil, ou l’enseignement public qui passent des mains de l‘Église à celui de l‘État, la poste, la mise à disposition d’eau potable, l’assainissement …
sans oublier les services dits « régaliens » : armée, police, justice… naguère sous la tutelle du roi.
D’autres services publics ont vu le jour sous forme d’organismes parapublics plus ou moins indépendants de l’État, comme l’hôpital public, la Sécurité sociale, les entreprises nationalisées, les services publics de télévision, de radios…
Première entorse au principe de régie directe des services publics, la concession par l’autorité compétente de ces services à des organismes de coopération intercommunale ( Syndicats intercommunaux, communautés de communes ou d’agglomération) ou à des entreprises privées sous forme de conventions passées pour une durée déterminée.
Pourquoi une entorse ?
S’il s’agit de réaliser un travail que le service public ne peut réaliser avec son personnel ou son matériel, la collectivité en charge du service a toujours eu la possibilité de faire appel à une entreprise privée pour le réaliser, sous forme d’un marché public ou d’une simple commande, un peu comme un particulier.
Le délégation de service public introduit, dans la mise en œuvre du service, la notion de bénéfices que l’entreprise concessionnaire sera libre de réaliser, sinon cela n’aurait aucun sens pour elle. Le résultat est parfois spectaculaire: voir le prix de l’eau où la concession a été donnée, légalement donnée, à des entreprises privées.
Il n’est pas besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre que ces marchés juteux créent de nombreux envieux, animés des scrupules que l’on devine. Dans une société où règne la dictature de l’argent et des profits spectaculaires, il fallait bien inventer une règle pour permettre de s’enrichir légalement sur le dos des usagers appelés à payer au prix fort un service dont ils ne peuvent se passer, pour vivre,tout simplement.
Cette règle est écrite en lettres d’or au fronton de notre chère Europe des marchands, au nom de la sacro sainte économie de marché, veiller à une concurrence libre et non faussée.
Fermez le ban !
Alors, si nous gardons tout cela à l’esprit, le processus que tu décris pour la poste: étrangler le service public en mégotant sur le personnel, les outils de travail, le recours à des délégations de service, mécontenter les usagers afin que la proposition de privatisation apparaisse comme une réforme incontournable. Le service au plus bas de sa forme est alors bradé aux appétits des actionnaires qui se chargeront bien d’exiger un rendement maximum pour les capitaux engagés.
L’entreprise devra faire des bénéfices à tout prix, sans s’embarrasser du service au public qui ne sera assuré que là où il est rentable.
Dans les secteurs non rentables, le service disparaîtra ou pourra être abandonné aux collectivités qui seront amenées à assurer un service aux personnes, à leur charge, évidemment, sans l’apport des secteurs qui auraient permis une répartition nationale des coûts.
Mais les requins auront arrondi leur fortune, cependant que le menu peuple se sera encore un peu plus appauvri.
Enfin, appliquons cette lecture des réformes et des atteintes aux services publiques, et nous comprendrons mieux les luttes actuelles des enseignants, des étudiants, des postiers, des républicains, tout simplement.
Un souvenir significatif:
Il y a une cinquantaine d’années, le facteur arborait fièrement un képi marqué de la cocarde républicaine. Chaque jour, à pied, avec sa canne pour l’aider dans sa vaste tournée, le messager de la République distribuait le courrier jusqu’au fin fond des campagnes françaises. Autour de la poste, on assurait même deux distributions.
La poste a choisi l’avion comme symbole de célérité pour remplacer la cocarde républicaine. Au final, malgré les énormes progrès dans la rapidité des transports et la motorisation des facteurs, le courrier arrive péniblement, les colis se perdent dans les circuits incontrôlables, La poste, amputée du télégramme, du téléphone,des télécom, aurait été mieux inspirée de choisir comme symbole une bel escargot de Bourgogne. Il serait plus facile à croquer !
Alors, que faire ?
Une seule réponse: affirmons par tous les moyens légaux à notre disposition une implacable volonté citoyenne pour mettre fin au démantèlement des services publics et exigeons leur renforcement et une véritable modernisation.
Bonjour à tous,
Directrice de La Poste des Voirons, je n'entrerais pas dans la polémique sur le service public, ni sur dialogue (un peu de sourds) entre les citoyens et les pouvoirs publics (pour celà il existe un outil démocratique qui s'appelle les élections).
J'aimerais revenir sur le point qui me préoccupe et vous préoccupe : l'évolution de La poste de votre commune.
Depuis juin 2006, La Poste de CS a vu ses heures d'ouverture augmenter (fermeture à 18H au lieu de 17H), ses horaires modulés en fonction du trafic (extention des ouvertures du 9 décembre au 9 janvier).
Sa rénovation (et modernisation) a eu lieu fin 2007 avec la création d'un 2ème poste guichet (pas toujours opérationnel, il est vrai) et 2 bureaux de conseillers financiers de La Banque Postale.
Dés le 12 janvier 2009, le 2ème guichet sera ouvert tous les après-midi, ce qui devrait fortement limiter l'attente.
Le traitement des réclamations est assuré par un de mes collaborateurs (Georges Marechal, n'hésitez pas à faire appel à lui) qui les traitent immédiatement, sans vous renvoyer de service en service, ni sur une insupportable boite vocale.
Quant à l'accueil ... je me tiens à la disposition de toute personne ayant des griefs à formuler. Mais aujourd'hui je constate que les plaintes sont si rares qu'elle en sont anecdotiques. Ne me dirait-on pas tout ?
La Poste des Voirons est composées de 3 bureaux (Cranves-Sales, Bonne, St Cergues) et de 2 agences postales (Fillinges et Machilly).
Machilly... parlons-en ! Bureau fermé depuis plus de 3 ans que nous avons réouvert le 29 septembre dans l'enceinte de la Mairie, avec l'aide précieuse de la municipalité.
Il me semble, dans le cas présent, que le service au public n'a ni été amputé ni demembré mais bien étudié pour répondre aux attentes de notre clientèle.
Et oui, le gros mot est laché : clientèle ! La Poste est une entreprise, publique il est vrai, mais non une administration d'état. L'état est propriétaire, mais La Poste est autonome, investit et rémunère son personnel avec son chiffre d'affaires.
Ouh là, 2ème gros mot : chiffre d'affaires !
Dans le cadre de l'ouverture des marchés européens, si La Poste que vous connaissez ne se modernise plus et ne peut investir, elle disparaitra purement et simplement, gangrenée par 2 colosses, TNT (poste hollandaise), et Deuschpost (poste allemande).
80% du chiffre d'affaires courrier et colis est réalisé par 20% de nos clients, auxquels nos concurrents font les yeux doux, très doux.
Une précision me semble importante : il n'est pas question de "privatiser" La poste mais d'augmenter son capital en faisant appel aux "institutionnels" afin que l'entreprise puisse augmenter sa capacité d'investissement et se battre à armes égales.
Cependant, Mesdames, Messieurs les 80% restants de nos clients, particuliers et professionnels, c'est aussi à vous de faire vivre votre bureau de poste ! Sa perenité est entre vos mains... et non dans celles des pouvoirs publics...
Fin janvier 2009, je vais réaliser un sondage afin de connaitre vos attentes, vos contraintes, vos suggestions, vos griefs... Ces données me permettront avec mes collaborateurs de déterminer une organisation de La Poste des Voirons qui corresponde pleinement à l'évolution de notre société et de notre mode de vie.
C'est ça aussi le service public !
Cordialement, Catherine FAZI
Merci pour votre commentaire.
Je me permet de vous répondre point par point au plus vite (dès que j'ai retrouvé les idées claires... réveillon oblige...)
Bonjour
Je souhaite répondre à madame la directrice de La Poste, notamment sur la privatisation.
Même si la qualité de gestion locale est une donnée importante, l'évolution de la Poste de Cranves-Sales se situe dans un ensemble, que vous évoquez : la mise en concurrence de tous contre tous dans le cadre d'un marché européen. Ce contexte, on peut le combattre, les élections n'étant pas le seul moment d'expression démocratique dans la vie sociale.
Deux visions sociétales existent :
- Il est possible de se situer dans la perspective d'un système économique uniquement régi par la concurrence et le marché : tout ce qui existe est marchandise.
- Il est aussi possible de se situer dans une vision politique qui définit les rapports économiques et sociaux avec des régulations puissantes et des services publics permettant une égalité d'accès à la modernité, même là où ce n'est pas strictement « rentable » : des trains qui desservent un territoire reculé, un service postal de qualité même pour un village, une école de proximité pour les enfants quels que soient les revenus des parents, etc.
C'est une vision forte de la République qui malheureusement cède depuis quelques décennies aux sirènes de l'ultra-libéralisme
Sauf que les récents « événements » financiers et bancaires ont, par un extraordinaire retournement , demandé une ré-intervention massive de l'État ! Preuve éclatante que la concurrence ne peut être le seul critère des échanges sociaux !
Il est regrettable que nos récents hommes politiques (depuis 30 ans) n'aient pas mis en synergie les différents services publics des pays européens pour aboutir à une Poste Publique européenne. Reste l'Euro...
Malheureusement donc la Poste -et ce n'est pas vous qui l'avez décidé- n'a plus de « public » mais des « clients ». Le service public de la Poste ne connaîtra plus de « Jours de fête » tels que ceux dont Jacques Tati a pu nous régaler dans son film.
Partout en France, des agences postales restreignent leurs horaires, voire ferment : et des villages se retrouvent avec un isolement accru. D'où une désertification rurale accélérée dénoncée par de nombreux maires dans des départements tels que l'Ardèche dans notre Région. Voir le documentaire "Poste Restante" de Christian TRAN.
Et, de bureau de poste, on passe à « l'agence postale » puis au « relais-commerçant ».
La Haute-Savoie n'est pas complètement épargnée par la mise à mal du service public, mais elle connaît une expansion démographique continue et une situation économique enviable au regard d'autres départements. La Poste s'y maintient. Il pleut toujours où c'est mouillé...
Bravo donc, pour le redéploiement positif du service postal des Voirons et bravo encore si les réclamations aboutissent !
Mais un retournement grave de conjoncture conduirait rapidement, au nom de la rentabilité, à la fermeture d'agences postales et de bureaux dont Cranves-Sales. Nombreux seraient ceux, parmi « l'ancien public », à défendre un service quotidien essentiel. Les clients professionnels trouveraient eux des services tels que UPS...
Vous avez raison, continuons à soutenir ce qu'il reste de service au « public-client ».
Mais le citoyen que je suis (et bien d'autres le feront ce samedi 10 janvier, en Haute-Savoie : http://www.fsd74.org/spip.php?artic...) interpèle les pouvoirs publics (et il me semble que vous aussi : mais, comme c'est l'air du temps, c'est uniquement aux collectivités locales, telles que la mairie de Machilly, qu'on demande de s'y mettre !) : il ne faut pas démanteler davantage nos services qui sont une base concrète de la Liberté, l'Egalité et la Fraternité.
Nul n'est dupe : l'ouverture du capital n'est que le premier pas vers la privatisation générale. Les promesses politiques n'engagent que ceux (celles) qui y croient ! "Jamais je ne privatiserai EDF-GDF" disait un certain homme politique... http://www.agoravox.tv/article.php3...
Il est donc des segments de clientèles aisées, intéressantes à favoriser et des segments de clientèles .beaucoup moins rentables. Le ratio 80% et 20%, c'est un miroir des questions de santé où une portion de malades coûtent plus cher que les biens portants : les assurances préfèrent d'ailleurs assurer les gens riches et en bonne santé...
La solidarité construite d'une société, c'est autre chose !
Bonsoir M. Burgniard, et autres blogeurs,
Vous comprendrez aisement que de part ma position je ne peux entrer dans le débat socio-politique que vous évoquez (même si je souscris totalement à certaines de vos reflexions).
Si aujourd'hui nous pouvons vous recevoir dans des locaux propres et accueillants, que tous puissent ouvrir un compte-cheque, que les RMistes, les interdits bancaires, les gens de voyage soient aussi bien considérés que le client-lambda-mais-qui-a-des revenus-importants, que chacun puisse recevoir son courrier (même 1 lettre par an) au fin fond de nos montagnes, c'est grâce à l'esprit de l'entreprise La poste.
La vocation "sociale" (que ce mot n'est pas beau quand il s'agit simplement d'humanité), malgré le changement de statut en 1990, malgré les gouvernements successifs, malgré les crises financières, malgré... l'avenir, est toujours d'actualité (et ce, depuis de nombreuses décennies).
Soyons (pour une fois) optimiste et gageons que notre mission de service public soit si encrée dans les entrailles de cette belle entreprise (depuis Napoléon 1er), que vous puissiez toujours compter sur elle !
Clients, habitants, passants, réclamants, n'hésitez jamais à me demander quand vous passer à La Poste, mon bureau est propre, le café sera prêt (enfin, presque), et surtout je suis à votre disposition !
Je vous rassure, je ne suis pas une "beni-oui-oui" , mais j'aime mon métier et je tends tout les jours à le faire du mieux possible.
Cordialement, Catherine Fazi