Voici le fameux commentaire :

Le ver est dans le fruit.
Je veux simplement livrer le fruit d’une petite et modeste expérience, qui à mon niveau éclaire en partie ce qu’est devenu le PS, c’est à dire essentiellement un parti d’élus, ou plutôt, dont l’appareil est tenu par des élus (ou par des permanents). La base militante existe sans doute, mais elle semble bien trop faible.
Je suis élu local depuis 2001, une petite commune de moins de 2000 habitants. Dans ces petites communes toutes les listes sont a-politiques : si tu déroules ton drapeau rose, rouge, vert ou bleu tu es mort. Ce qui ne veut pas dire que les jeux politiques n’existent pas ni que les électeurs ne cherchent pas à classer les divers candidats. Par exemple aux dernières élections la rumeur publique m’attribuait la carte de la LCR. Depuis 2008 je suis conseiller municipal d’opposition, autrement dit j’ai essentiellement un pouvoir de parole. De 2001 à 2008 j’étais adjoint, et à ce titre conseiller communautaire dans l’agglo du coin. Là on entre de plein pied dans l’arène politique. De mon côté, plus que je découvrais les multiples rouages du système par lesquels notre ordre social et économique se perpétue et plus je me sentais glisser à gauche et monter le sentiment de révolte. Mais chez beaucoup de mes collègues j’observais au contraire une forme d’adhésion contrainte, la mort dans l’âme, mais quand même, à cette logique du système qui veut que les territoires sont en concurrence les uns avec les autres. Défendre son territoire, les intérêts de ses habitants, c’est inévitablement l’inscrire dans les règles de la compétition. Il faut attirer les entreprises (ou leur éviter de partir) pour développer l’emploi ? Pour attirer les entreprises il faut être attractif, bref, faire des compromis qui en clair sont des cadeaux aux entreprises, qu’elles prennent bien sûr avant de partir quelques années plus tard. Mais ce contexte quotidien de concurrence territoriale est celui dans lequel vivent tous les “cadres” du PS : qu’ils soient maires ou adjoints de grande ville, président ou vpdt de conseil général ou de communauté d’agglomération. A force de baigner dans ces eaux ils s’imprègnent inévitablement des courants idéologiques qui les traversent, d’où peu à peu cette dérive libérale de la majorité des leaders socialistes. C’est toute leur expérience d’élu local soumis à l’impératif de la concurrence qui les prépare à cette conversion idéologique.
Le scrutin majoritaire pour les législatives fait le reste.

J'aime particulièrement sa remarque sur le fait que dans les petites communes, les candidats aux élections municipales et les élus devraient être "a-politiques". Ce qui foncièrement est une grosse escroquerie. C'est curieux comme les gens de  droite se disent toujours "a-politiques", et font de leur pseudo-neutralité une qualité. Celui qui se démarque "à gauche" est tout de suite critiqué, raillé, avec un certain succès dans nos campagnes très traditionalistes. Le candidat "de gauche" rompt la paix sociale, il met de la "politique" -quel vilain mot, là où il ne devrait pas y en avoir. J'ai ressenti ce phénomène lors de la campagne pour les municipales en 2008.

Tiens donc, ne pas remplir le quota de logement sociaux, ne pas proposer de vrai programme pour les jeunes ou des places de crèche suffisantes et bon marché, ne pas baser sa politique sur un développement durable véritable, se foutre de la démocratie locale participative, subventionner largement les écoles privées, ça ne serait pas un peu politique ? Proposer une gestion de type entrepreneuriale de la municipalité, ça ne serait pas un peu politique ? Tout cela est très habile. Mais à terme, de moins en moins de monde se laissera berner.

Ça me fait aussi penser à la réunion de décembre sur l'école dont j'ai parlé ici. Comment parler d'un tel problème de façon uniquement technique. Ce n'est pas possible.

Qu'en pensent nos élus "de gauche" ? (Ceux "de droite" peuvent aussi donner leur avis )

Et vous lecteurs, qu'en pensez-vous ?