Etre de gauche dans une assemblée locale
Par MJC le vendredi 16 janvier 2009, 13:49 - Politique - Lien permanent

Je lisais récemment un article sur le blog de Jean-Luc Mélenchon,
qu'il a publié juste avant son départ du PS pour former le très intéressant
Parti de Gauche.
Ce n'est pas l'article mais le commentaire d'un de ses lecteurs, un certain
Bruno qui m'a le plus interpellé. Il est intitulé "Le ver est dans le fruit",
et décrit la "droitisation" qui selon lui s'applique presque naturellement aux
élus socialistes, même les plus modestes, lorsqu'ils sont confrontés aux
mécanismes de la concurrence au niveau des communautés territoriales. Ce
qui est bien sûr aussi valable, je pense, pour tous les autres membres des
partis de gauche et les non encartés apparentés.
Le ver est dans le fruit.
Je veux simplement livrer le fruit d’une petite et modeste expérience, qui à mon niveau éclaire en partie ce qu’est devenu le PS, c’est à dire essentiellement un parti d’élus, ou plutôt, dont l’appareil est tenu par des élus (ou par des permanents). La base militante existe sans doute, mais elle semble bien trop faible.
Je suis élu local depuis 2001, une petite commune de moins de 2000 habitants. Dans ces petites communes toutes les listes sont a-politiques : si tu déroules ton drapeau rose, rouge, vert ou bleu tu es mort. Ce qui ne veut pas dire que les jeux politiques n’existent pas ni que les électeurs ne cherchent pas à classer les divers candidats. Par exemple aux dernières élections la rumeur publique m’attribuait la carte de la LCR. Depuis 2008 je suis conseiller municipal d’opposition, autrement dit j’ai essentiellement un pouvoir de parole. De 2001 à 2008 j’étais adjoint, et à ce titre conseiller communautaire dans l’agglo du coin. Là on entre de plein pied dans l’arène politique. De mon côté, plus que je découvrais les multiples rouages du système par lesquels notre ordre social et économique se perpétue et plus je me sentais glisser à gauche et monter le sentiment de révolte. Mais chez beaucoup de mes collègues j’observais au contraire une forme d’adhésion contrainte, la mort dans l’âme, mais quand même, à cette logique du système qui veut que les territoires sont en concurrence les uns avec les autres. Défendre son territoire, les intérêts de ses habitants, c’est inévitablement l’inscrire dans les règles de la compétition. Il faut attirer les entreprises (ou leur éviter de partir) pour développer l’emploi ? Pour attirer les entreprises il faut être attractif, bref, faire des compromis qui en clair sont des cadeaux aux entreprises, qu’elles prennent bien sûr avant de partir quelques années plus tard. Mais ce contexte quotidien de concurrence territoriale est celui dans lequel vivent tous les “cadres” du PS : qu’ils soient maires ou adjoints de grande ville, président ou vpdt de conseil général ou de communauté d’agglomération. A force de baigner dans ces eaux ils s’imprègnent inévitablement des courants idéologiques qui les traversent, d’où peu à peu cette dérive libérale de la majorité des leaders socialistes. C’est toute leur expérience d’élu local soumis à l’impératif de la concurrence qui les prépare à cette conversion idéologique.
Le scrutin majoritaire pour les législatives fait le reste.
J'aime particulièrement sa remarque sur le fait que dans les petites communes, les candidats aux élections municipales et les élus devraient être "a-politiques". Ce qui foncièrement est une grosse escroquerie. C'est curieux comme les gens de droite se disent toujours "a-politiques", et font de leur pseudo-neutralité une qualité. Celui qui se démarque "à gauche" est tout de suite critiqué, raillé, avec un certain succès dans nos campagnes très traditionalistes. Le candidat "de gauche" rompt la paix sociale, il met de la "politique" -quel vilain mot, là où il ne devrait pas y en avoir. J'ai ressenti ce phénomène lors de la campagne pour les municipales en 2008.
Tiens donc, ne pas remplir le quota de logement sociaux, ne pas proposer de vrai programme pour les jeunes ou des places de crèche suffisantes et bon marché, ne pas baser sa politique sur un développement durable véritable, se foutre de la démocratie locale participative, subventionner largement les écoles privées, ça ne serait pas un peu politique ? Proposer une gestion de type entrepreneuriale de la municipalité, ça ne serait pas un peu politique ? Tout cela est très habile. Mais à terme, de moins en moins de monde se laissera berner.
Ça me fait aussi penser à la réunion de décembre sur l'école dont j'ai parlé ici. Comment parler d'un tel problème de façon uniquement technique. Ce n'est pas possible.
Qu'en pensent nos élus "de gauche" ? (Ceux "de droite" peuvent aussi donner
leur avis ) 
Et vous lecteurs, qu'en pensez-vous ?
Commentaires
Bonsoir,
Mais il en est de même pour les élus "droitisant" dans une municipalité "a-politique-mais-de-gauche-en-préférence" !
La vrai question est "quel est le pouvoir de nos élus" ? Ceux des petites communes qui n'interessent pas le parlement , ni conseil régional et à peine le conseil cantonal.
Pour la première fois depuis longtemps, à Cranves, nous avons un maire chef d'entreprise, quelle que soit sont apparence politique, je pense sincèrement qu'il peut faire bouger la commune... 5000 habitants, citée dortoir de Genève et d'Annemasse.
Les vraies questions à se poser... En aura-t-il les moyens ? Quels appuis aura-t-il ? Le Grand Senateur Herisson, Homniprésent et Homnipotent sur la vie des communes du 74 saura-t-til entendre nos désirs (sans parler de revendications) ?
Adressons nous au sommet de l'echelle,HERISSON... Ce n''est pagné, il est un peu absent des problèmes locaux !!!!!!!!!!
Cordialement, Cath
Même si je suis d'accord qu'il ne faut pas accepter l'idée que la politique puisse être apolitique sous peine de schizophrénie, je pense qu'il y a quand même pas mal de sujets qui peuvent faire appel au bon sens (et au possible consensus) et sur lesquels on doit éviter de s'étriper inutilement pour des raisons pseudo-idéologiques.
Un élu de gauche dans ville à majorité de gauche.