Les machines à voter peuvent être mises en oeuvre dans le communes de plus de 3500 habitants. Je ne pense pas que l'idée soit venue à quiconque d'installer ce genre d'appareil à Cranves-Sales, mais le sujet est présent dans l'actualité et m'intéresse particulièrement.

En tant qu'informaticien, on pourrait penser que je suis en faveur de ces nouvelles technologies. Mais justement, j'ai encore plus de peine à en voir l'intérêt, et je doute foncièrement de la sécurité et de l'inviolabilité du procédé. Sans tomber dans la paranoïa!

Les soupçons de fraude liés à ces machines qui ont émaillé les élections présidentielles américaines il y a quatre ans ne plaident pas en faveur de ces machines. L'absence de manipulation avérée au Vénézuéla lors du dernier référendum, perdu par Chavez, rassurent peut-être certains.

Dans le premier cas on comprends tout de suite que, malgré les affirmations contraires des fabriquants tentant de prouver que leurs machines sont inviolables, et que le processus est maitrisé de bout en bout, on sait qu'il est possible de contourner n'importe quelle protection informatique ou processus humain de contrôle si on y met les moyens.

Il sera toujours possible à quelqu'un de mal intentionné d'accéder à la machine avant le vote et d'en modifier le fonctionnement. Il sera aussi possible à un technicien d'"écouter" les interférences électro-magnétiques de la machine à distance et de savoir qui a voté quoi! Fini le secret absolu de l'isoloir.

Rien n'empêche donc de modifier le programme interne de la machine pour faire pencher la balance d'un côté ou d'un autre. Les vérifications sont impossibles à postériori. Comment recompter les bulletins? La transparence n'est pas assurée. La fraude est possible. Si le soupçon est présent, il faut refuser par "mesure de précaution" le système.

Dans le deuxième cas, même si l'exemplarité du scrutin a été confirmée par les vérificateurs internationnaux, il faut se poser la quesiton de l'avantage procuré par ces machines. Il ne tient en fait à mon avis qu'à la rapidité d'obtention des résultats. On presse sur un bouton,et le résultat s'affiche. Quel intérèt? Aucun, d'autant plus que dans un pays ou une commune comme les nôtres, le processus est bien rôdé et prends un minimum de temps.

Mais le pire des défauts est à mon avis que ce procédé coupe le citoyen du contact physique avec un bureau, composé de vrais gens, et avec le bulletin et son enveloppe, à l'urne transparente! Je suis personellement très attaché au dépouillement (même si j'ai vécu une expérience blessante lors des dernières présidentielles au bureau à cause d'un certain jeune "B..."), à son cérémonial, au contact du papier, au comptage et au recomptage! Le fait que le vote "papier" nécéssite plus de personne est à mon avis un avantage. La dématérialisation du bulletin banalise l'acte de voter. L'argument de l'économie de bulletins papier fait long feu (papier recyclé), et le coût de ces machines est prohibitif.

Nous votons déjà trop peu en France, autant que la chose implique conctrètement le citoyen. Pourquoi bientôt ne pas voter uniquement via Internet et rester confortablement chez soi (malheureusement possible déjà à Genève)? Qu'apporte la machine à voter dans ce cadre? Rien. Il faut d'urgence un moratoire dans ce domaine.

Si l'intention de tromper n'est peut-être pas présente à chaque fois, je pense que ces machines ne sont qu'un moyen pour certains élus de démontrer leur intérêt technophile, qu'ils sont "dans le coup". C'est par contre l'intrusion du privé dans un domaine sacré de la vie publique. C'est grâve et c'est inutile!

Les listes présentes pour cette élection municipale s'engagent-elles toutes contre la machine à voter?

Qu'en pensez-vous?

Si vous êtes d'accord, signez la pétition: http://www.ordinateurs-de-vote.org/petition/

Addendum 20/02/08:  Je viens de lire cet article de Padawan.info dans lequel j'apprends qu'un gel a été décidé par le ministère de l'intérieur. Donc pas de problème pour l'instant. Très bonne nouvelle aussi: La pétition pour le maintien du vote papier vient de dépasser la barre des cent mille signatures!

Addendum 14/03/08: Plusieurs évènements récents me confortent dans cet avis:

Sur Padawan.info, le cas d'école parfait:

Un candidat aux cantonales vient de voir refuser la possibilité de se maintenir au second tour parce qu’il lui manque une voix. Or, dans l’un des bureaux de vote il y a justement un écart d’une voix entre l’émargement et le décompte des voix. Logiquement, le candidat demande un recomptage. Problème, vous l’aurez deviné, tout le canton vote sur des machines à voter, le recomptage est donc impossible puisque ce sont des boites noires et que les votes sont dématérialisés.

L’affaire a été portée par le candidat devant le tribunal administratif de Versailles, le préfet lui ayant refusé l’accès au second tour. Première audience ce jeudi matin suivie d’une autre demain vendredi à 11h30.

Pour couronner le tout, il s’agit d’un candidat des Verts, lesquels sont depuis longtemps opposés au vote électronique. Les verts parlent d’un cas d’école tellement beau qu’il paraît créé sur mesure pour les opposants aux machines à voter. Ils ont raison, ce cas illustre à la perfection la stupidité de s’en remettre à des boites noires et des processus tout à fait faillibles mais parfaitement incontrôlables.

De même que celui-ci, presque trot beau:

Nouveaux ennuis judiciaires pour le vote électronique

Hervé Suaudeau, président d’AulnayCitoyen, a porté plainte hier auprès du parquet de Bobigny pour bris de scellés sur quatre machines à voter utilisées lors du premier tour de l’élection municipale à Aulnay-sous-Bois.

En effet, quatre ordinateurs de vote ont été trouvés avec leur scellé numéroté brisé avant le scrutin, ne pouvant plus apporter les garanties de sécurité minimum exigées auprès du maire par le Ministère de l’Intérieur [1]. Ils ont été arrachés, avant installation, hors de la vue des membres des bureaux de vote concernés.

Selon Hervé Suaudeau “L’arrachage de scellés posés par une autorité publique est un acte d’une extrême gravité qu’aucun citoyen ne peut laisser passer. Particulièrement conscient de la fragilité sécuritaire des ordinateurs de vote, je ne pouvais pas ne pas réagir à ce type de manoeuvre d’où qu’elle vienne. C’est pourquoi j’ai saisi le procureur de la République afin que la lumière soit faite sur ce nouveau voile d’ombre jeté sur les machines à voter. A l’opacité du vote électronique s’ajoute maintenant l’insécurité physique des machines et ceci est totalement inacceptable.”

Et il ajoute “Je suis extrêmement déçu que la vigilance du maire ait été ainsi trompée, puisque gardien de ces machines au sens de la loi, il en est non seulement le propriétaire mais il en est le garant de l’intégrité.”

L’indignation de l’association AulnayCitoyen, est d’autant plus forte que malgré les demandes de membres de cette association, les machines en question n’ont pas été remplacées, n’ont pas subi de tests sérieux et n’ont pas eu leur rapport d’incident imprimé bien que des électeurs aient déclaré avoir vu un fonctionnement anormal.

[1] Les instructions du ministère de l’intérieur rendent obligatoire la pose de scellés.

De même ceci sur Betapolitique.fr:

Vote électronique : les machines à voter contestées - Vidéo

vote électronique municipales 2008 | 13 mars 2008 | Les mots ont un sens ( 0 commentaires )

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Demain, nous votons. Près d'un million et demi de citoyens votera sur des machines électroniques. En Europe, l'Irlande et les Pays-Bas ont arrêté d'utiliser ces machines pour des raisons de sécurité. En France, on se pose guère de question, Nicolas Sarkozy l'a décidé, il en sera ainsi.

en lire plus

"

Voir en ligne : Vote électronique : les machines à voter contestées - Vidéo

A voir aussi l'étude qui accuse chez Bakchich: Machines à voter (2) : l’étude qui accuse

Enfin, chez Rue89: Comment pirater une machine à voter. Comme ils disent: "Tiré par les cheveux? Peut-être. Impossible? Sûrement pas." Suffisant pour moi pour arrêter le tout!

Addendum 04/04/08:

MAJ: 21/05708:

Lire l'article de l 'amphi-gouri.org

MAJ: 21/05708:

Les Pays-Bas abandonnent définitivement le vote électronique

L’association belge Pour une éthique du vote électronique vient d’annoncer l’abandon définitif du vote électronique aux Pays-Bas, à quelques jours de l’ouverture d’un débat public sur le futur du vote électronique en Belgique :

Par conséquent, si la Belgique persiste à utiliser le vote électronique lors des prochaines élections dans les mêmes proportions que depuis 1999 (depuis cette date, 44% des électeurs de Belgique sont soumis au vote électronique), elle sera le seul parmi les 27 Etats de l’Union européenne à encore imposer le vote électronique a un nombre significatif d’électeurs.

Le vote électronique est en effet en recul partout dans le monde. De plus en plus de pays ayant expérimenté des systèmes de vote automatisé font machine arrière.

[…]

La décision qui vient d’intervenir aux Pays-Bas est le résultat de longues discussions et d’un large débat public. Nous osons espérer que la décision néerlandaise (après celle de l’Irlande et de la Californie) amènera nos élus à réaliser que le vote électronique représente plutôt le passé que le futur en matière de mode d’organisation des élections.

Chez nous le ministère de l’intérieur est toujours confit dans son jus et, malgré une timide promesse arrachée dans la douleur de « réfléchir » à la question (pendant que les communes gaspillent l’argent de leurs administrés), n’a toujours pas bougé une oreille.

Quant aux développements de la société néerlandaise NEDAP dans le domaine du vote électronique, ils deviennent plus qu’hasardeux, et les acheteurs français des matériels NEDAP/France Election doivent se sentir dans leur petits souliers.

Pour ma part, s’ils venaient à se retirer de ce marché désormais pourri, je ne verserai pas une larme pour des gens qui :

Il serait temps qu’on arrête cette mascarade en France aussi.

Publié le 20 mai 2008 dans Vote électronique